Frères et soeurs dans le Christ, dès l’origine, d’après le livre de la Genèse (2, 6-7), il est écrit : « Un flot montait de terre et arrosait toute la surface du sol. Alors Yahvé Dieu modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant ». Par « homme », il faut entendre non pas Monsieur Adam, mais l’humain, homme et femme, celui qui vient, modelé, façonné comme fait le potier avec de la terre : le terrien.
Et le jardin d’Éden devait être le lieu d’épanouissement pour l’homme et la femme créés à la ressemblance de Dieu. Non pas comme Dieu, ce qui signifierait une unité existentielle entre les humains et Dieu, mais à la ressemblance de Dieu. Fort de cette ressemblance, l’humain a cru devenir comme Dieu en mangeant du fruit de l’arbre de la connaissance. Or, Dieu est Créateur et non créature, Dieu est vie et non celui qui reçoit la vie. Il est lumière et non celui qui voit la lumière. Le péché des humains n’est pas de ne pas voir le Créateur, la vie, la lumière mais de vouloir être comme Dieu, source de vie, de lumière (Gn 3, 5). C’est la révolte contre Dieu racontée et symbolisée par la lutte entre les deux frères, Caïn et Abel, et le meurtre de ce dernier (Gn 4).
Au chapitre 9, 1-6 de l’évangile de Saint Jean, Jésus, dont on ne sait ni où il se trouve ni où il se rend, croise un aveugle-né. De ce dernier, on ne connaît pas non plus le nom. Est-ce « l’Adama », l’humain du livre de la Genèse ? Il se murmure autour de lui : « Qui a péché pour que celui-ci soit aveugle ? ». Jésus rétablit la vérité : « Ni lui, ni ses parents, mais c’est pour qu’en lui se manifestent les oeuvres de Dieu » (Jn 9, 3). Comme ce fut lors de la création, Jésus va restaurer la pureté initiale de l’être humain en la personne de l’aveugle-né. Il prend de la terre, de la boue, enduit les yeux de l’aveugle-né et fait de lui un homme nouveau : il recouvre la vue…
Saint Paul, dans la lettre aux Hébreux (1, 3), résume à sa façon cette recréation de l’humain : « Dans ces derniers temps, Dieu nous a parlé par le Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, par lequel il a aussi créé le monde, étant le reflet de sa gloire et l’empreinte de sa personne et, soutenant toutes choses par sa parole puissante, a fait la purification des péchés et s’est assis à la droite de la majesté divine dans les lieux très hauts ». Ainsi l’homme est aujourd’hui rétabli dans sa dignité primitive : il peut voir, s’il le veut, cette Lumière qui éclaire tout homme, le Christ, jouir de la création tout entière.
En ce temps de Carême, nous pouvons nous poser cette question : Désirons-nous « voir » ou demeurer « aveugles » ? Choisissons de voir la Lumière car, comme le dit le psalmiste : « La ténèbre n’est pas ténèbre devant toi, la nuit comme le jour illumine » (Ps 138) et continuons à prier pour nos catéchumènes qui se préparent au baptême à Pâques.
Bonne montée vers Pâques et paix à vous !
Père Augustin, curé de la paroisse
